21 : 28. Rien. Sauf ma déambulation sans but. Pour changer. J’en reviens toujours là. Chaque jours, ou presque, et j’ai l’impression que c’était il y a cinq minutes, j’ai ce moment de recul lucide, avant d’échouer dans un bar ou dans un autre. Surtout l’un. Mais ce soir je voulais en voir un autre, aller boire ailleurs. Marcher un peu et prendre un bon boc de bière fraiche pour se saouler les idées. Dans un espoir de changement. Ce fameux moment, c’est celui où je déambule. C’est précisément une déambulation. Et c’est peut-être précisément parce que j’essaie de me perdre que je n’y arrive pas. Si ce n’est pas moi qui suis accroché à mes habitudes et qui cherche à garder le contrôle de ma vie, ce ne peut être que l’inverse. Cherchant alors désespérément la surprise, je fais exprès de ne pas regarder où je vais. Je fais exprès de ne pas formuler un souhait précis pour, faute de subir la frustration de ne pas le voir s’accomplir, vivre au hasard quelque chose que j’aurais pu souhaiter. Riez si vous le voulez (et j’en ai certainement besoin pour réaliser l’absurdité de cette démarche). Voyez ça comme un genre de loi de Murphy résolue, certes, dans la fuite de l’échec (d’une certaine façon.) Pour que cette solution soit bénéfique encore faut-il être prêt à tout et ouvert à tout point de vue. Autant qu’à déambuler inutilement.
Rien. Le froid. Un pas. Un autre. Sur le trottoir, bordant une route, sur laquelle circulent des véhicules. Des personnes dedans. Quelle surprise ! 21 : 30. Un couple que je croise cesse momentanément sa discussion pour ne pas déranger ma bulle, ou garder la leur. Partager devient une drôle d’idée.
Ça suffit ! Vite, une bière. Premier bar, hop, les coudes dessus. Toujours aussi machinalement que depuis que j’ai quitté la chambre, ma main se fixe sur le demi frais. Je ne le bois pas, il tombe dans mon estomac. Je ne suis pas venu ici, mes pas étaient réglés pour y arriver. Je ne parle pas au voisin. A son « sale temps hein ! », mon « ouais » automatique est une couverture, du moment que je ne le regarde pas. J’ai froid aux yeux. Les caches. Me cache. Je m’efface. Ne suis pas là. J’étais il y a 5 minutes. Je serai demain, 5 minutes. Le temps d’un petit recul lucide. Un moment où je m’extirpe de mon absence, où je cesse de ne pas penser. Une réflexion à laquelle je me vois immanquablement replonger au néant.
21 : 33