M’est venue l’idée de me poser simplement – sobre – pour faire le point. De réfléchir vraiment à tout ça, me remettre en question, éclaircir ce qui, en vrac, m’est apparu comme une piste du problème : si je n’ai pas de but, comment bien l’atteindre ? Ainsi, c’est donc un but que je recherche, et non son accomplissement. La quête d’un moyen sans fin en perspective. Et ainsi de suite, mes neurones se sont emberlificotés pendant un temps interminable dont j'ai perdu la notion. La première question étant absurde et le reste tiré par les cheveux à partir de cette première, toute la quête n’était donc qu’une farce.
Une nuit, je me suis réveillé en me disant que je cherchais le St Graal. Enfin, une bricole du genre. Ça, ça avait de la gueule ! J’ai pris des rapides, la vérité coulait comme une rivière, un torrent, des cascades de révélations au centre nerveux. Je tenais plus en place. Pris dans le flot.
J’enfourche la bécane, plein gaz des étoiles dans les yeux. Les rapports s’enchainent, 1, 2, 3… je suis déjà à 140, mais, est-ce que j’ai pris mes clopes ?
Et voilà, le temps de me poser cette question stupide, je n’ai plus rien compris jusqu’au lendemain, où je me retrouvais près d’une rivière. Réveillé dans une position incongrue à une distance toute aussi incongrue de la route sur laquelle je filais. La chute a été vraiment impressionnante d’après le ravin parsemé de buissons et d’arbres que j’ai dû escalader jusqu’à la route mais je n’avais que quelques égratignures, une énorme bosse et aucun souvenir depuis que j’ai douté d’avoir mes cigarettes. Que j’avais d’ailleurs, heureusement. J’ai trouvé la moto désormais sans véritable siège posée sur un arbre, bloquée par son pot d’échappement en crochet. À part une roue à peine voilée, elle a eu autant de chance que moi. La chance ! Si quelqu’un jouait avec moi il devait avoir un joker. J’ai probablement dû mettre un bon coup de tête au premier arbre qui passait par là, et, inconscient, mon corps est devenu assez souple pour me laisser dévaler le ravin. Le pantin tel un roseau sous le tempête. Je me suis posé dans l’arbre à côté de la moto et j’ai fini mes clopes. Voilà à qui illustrait bien le genre de péripéties auxquelles j’étais sujet ces derniers temps. Et grimper dans un arbre pour fumer n’en était pas la moindre.
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